COMMENT INTERVENIR FACE A UNE SITUATION A RISQUE ?

Comment intervenir face à une situation à risque ? Nous avons tous été au moins une fois confrontés à cette situation, quelle que soit notre fonction (dirigeant, Préventeur, collègue ou simple visiteur): juste là, devant nous (sur un chantier, sur un site, au bureau ou dans la rue…) : quelqu’un est en train de prendre un risque !

Wait

Commence alors ce genre de petit dialogue intérieur : « Est-ce que je dois intervenir ? Est-ce que je dois lui dire ? Mais comment je vais lui dire ? oh la la il va m’envoyer balader…Bon après tout, je ne suis pas son chef… si les autres ne lui disent rien, ce n’est pas à moi de lui dire…mais quand même s’il lui arrive quelque chose je m’en voudrais… »

Alors à la question : « dois-je lui dire ? » la réponse est OUI.

Le Principe de Vigilance Partagée

Nous sommes tous responsables de notre propre sécurité, mais aussi de celles des autres. Certes il est souvent plus facile de fermer les yeux et de passer son chemin. Mais interpeller quelqu’un sur un risque qu’il est en train de prendre (peut-être sans s’en rendre compte), c’est lui laisser la possibilité de comprendre ce risque et de le rectifier. Et ça peut même lui sauver la vie ! Et si c’était votre enfant, n’apprécieriez-vous pas que quelqu’un l’interpelle pour sa sécurité ?

Mais alors, comment lui dire ?

Pour sortir du classique rappel verbal de type « Mets ton casque ! », inefficace sur le long terme, je vous propose quelques techniques de communication efficace :

1 – N’interrompez pas dans une situation délicate

Au préalable : veillez à ne pas l’interrompre dans une tâche délicate, cela pourrait le perturber et générer un risque supplémentaire.

C’est une règle de bon sens mais voici un cas vécu : un collaborateur utilise un chalumeau lorsqu’un auditeur externe le rejoint et commence à lui poser des questions. Le collaborateur, un peu stressé de parler à une personne étrangère venant ‘vérifier son travail ‘, ne fait plus attention à son chalumeau, et là : départ de feu en direct ! le chalumeau avait commencé à enflammer une matière textile à proximité.

2 – Présentez-vous

En premier lieu, présentez-vous si besoin. Il est important qu’il sache qui vous êtes, pourquoi vous êtes là, et en quelle qualité vous vous adressez à lui. 

3 – Variez les plaisirs

Ensuite il existe plusieurs techniques qui sont combinables entre elles :

A – Faire analyser les risques par le collaborateur

Si c’est possible, sortez-le de sa situation de travail, et posez-lui simplement ce genre de question ouverte : « que penses-tu des conditions de sécurité dans lesquelles tu travailles ? »

L’idée est de l’aider à lui faire prendre du recul (à la fois physiquement et mentalement) sur sa situation et de le faire réfléchir. L’impact n’en sera que plus fort s’il prends lui-même conscience du risque, il y aura alors plus de chances qu’il s’en souvienne et devienne vigilant sur le sujet.

What ?

S’il ne voit vraiment pas où est le problème, guidez-le. Prenons le cas d’un échafaudage auquel il manquerait une lisse : « que penses-tu de cet échafaudage ? te sens-tu en sécurité quand tu es dessus? Et là, si tu trébuches ou si tu as un vertige à cet endroit, que risques-tu ? »

Essayez toujours de terminer la discussion par une ouverture : 

  • Sur une alternative : « à ton avis, comment pourrait-on remédier à cette situation ? » (rendre le matériel inutilisable en attendant la pièce, prévenir sa hiérarchie, vérifier les formations, etc)
  • Sur son engagement : « J’espère que tu as mieux compris en quoi le casque peut te sauver la vie. Est-ce que tu t’engages dès aujourd’hui à le porter ?»

NB : cette technique est également intéressante quand il n’y a rien à signaler. Nous aurons ainsi le plaisir de lui dire « en effet, je vois que les conditions sont réunies pour que tu travailles en sécurité. Bravo et continue comme ça ! ». Il se sentira valorisé et encouragé à poursuivre dans cette voie.

B – Utiliser le « je » à la place du « tu »

 En disant « tu », j’accuse l’autre, ce qui entraîne quasiment systématiquement une réaction défensive chez mon interlocuteur. Risque avéré d’escalade vers le conflit !

Quand j’exprime ce que je ressens, l’autre ne peut pas le nier. Cela m’appartient, c’est « ma » vérité et c’est inattaquable. Si je dis « je suis inquiet », il est très peu probable que l’autre répondre « ce n’est pas vrai ! » 

 Moi : « Gérard, quand je te vois monter sur le rebord de ta plateforme roulante de travail, je m’inquiète pour ta sécurité, j’ai peur que tu chutes ».

Gérard (surpris) : « ah ben non faut pas, je fais tout le temps ça et j’ai jamais rien eu. Je risque rien là ».

Moi : « moi au contraire, je crois que tu prends un risque. J’ai un collègue qui s’est fracturé le bassin en tombé de cette hauteur, je n’aimerais vraiment pas que cela t’arrive. Comment pourrais-tu faire cette tâche sans prendre ce risque ? » (Autre mode opératoire, autre matériel, aide d’un collègue…). Etc.

Les collaborateurs sont souvent surpris par cette formulation. Là encore, l’objectif est de lancer une discussion sur le pourquoi de la prise de risque (consciente ou non) du collaborateur.

C – Faire appel au registre émotionnel

C’est grâce à un collègue préventeur et pompier volontaire que j’ai découvert et compris l’efficacité de cette technique. Voici comment il s’est adressé ainsi à un collaborateur qui n’avait pas lacé ses chaussures de sécurité jusqu’en haut :

As-tu une idée pourquoi on vous demande de lacer les chaussures jusqu’en haut ? […] non ? Cela permet de maintenir ta cheville et de mieux résister aux éventuelles torsions. Il est important que ta cheville soit maintenue, car je vois que tu travailles souvent à genoux, tes chevilles sont donc très sollicitées… alors c’est peut-être stylé, mais ce n’est pas sécurité ! T’as une passion dans la vie ? Le foot ? Pourquoi tu aimes bien ? […] Ah ben raison de plus, ça serait compliqué de jouer au foot avec une cheville en vrac pas vrai ? Ça te ferait quoi de plus pouvoir jouer au foot ? […] 

Le but est de créer une résonance émotionnelle chez le collaborateur afin qu’il puisse faire un lien direct entre la consigne qu’il n’a pas respectée et les conséquences directes que cela pourrait avoir sur sa santé, sa vie privée ou tout élément personnel qui lui tient à cœur.

4 – Ce qu’il faut absolument éviter !

Interpeller négativement : « Hé Gérard !! Le casque c’est pas pour les chiens ! Va le mettre tout de suite ! »

Inutile de prendre le risque que le collaborateur se sente attaqué, infantilisé voire blessé. Cela rendra stérile toute tentative de discussion. Essayez plutôt d’engager une conversation avec l’intéressé pour essayer de comprendre son comportement : « je constate que tu n’as pas mis ton casque. Peux-tu m’expliquer pourquoi ? ». Orientez la suite de la discussion en fonction de sa réponse (« j’ai trop chaud, je l’ai oublié, ça ne sert à rien… »). Abuser des «pourquoi » pour creuser au maximum le processus qui a amené à cette situation.

Toujours terminer par une ouverture et repartir avec l’adhésion du collaborateur.

« J’espère que tu as mieux compris en quoi le casque peut te sauver la vie. Est-ce que tu t’engages dès aujourd’hui à le porter ?»

En conclusion :

Au risque d’enfoncer une porte ouverte, la pédagogie reste la voie la plus efficace pour faire évoluer les consciences et mettre en place progressivement une réelle culture de prévention des risques.

Proud

Important : nous avons trop tendance à focaliser sur ce qui ne va pas. Lorsqu’un collaborateur respecte les consignes de sécurité, soulignons-le et félicitons-le pour l’encourager à poursuivre!

Bien sûr, ces techniques ne garantissent pas que les engagements pris soient systématiquement tenus par tous et que les consignes soient toutes intégrées du premier coup. Mais la prévention, c’est le principe de la politique des petits pas !

A ne surtout pas croire sur parole, à tester 😉

Et vous, quel est votre technique pour intervenir face à une situation à risque ? Partagez vos conseils et expériences dans les commentaires !

Auteure

Aude Nazeyrollas

2 réponses

  1. Jean Chassé dit :

    Vous avez bien décrit comment intervenir lors de ce type d’intervention. Ce processus est efficace, je l’ai vécu à maintes reprises dans mon organisation et lors de coaching que j’ai fait auprès de gestionnaires. De plus, cette démarche doit s’intégrer dans un axe de développement plus large où l’organisation doit communiquer ses orientations et ses tolérances zéro. Il est requis de débuter avec une période de sensibilisation afin de permettre une transition. Un suivi doit également être effectué afin de corriger, lorsque requis, les obstacles aux changements de comportements. Un suivi est nécessaire auprès des travailleurs pour communiquer les bons coups. Finalement, pour les récalcitrants il faut avoir le courage managérial d’agir pour imposer les conséquences à ces personnes, heureusement il s’agit de cas isolés. Mon expérience m’a démontré que les employés vont remercier le gestionnaire ou l’expert SST qui aura pis action car l’impact est bénéfique pour tous.

  2. […] Lire l’article : Safety Vigilante […]

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